Projets à venir :
 
 

date à déterminer ...

Echanges entre des enseignants du Primaire ( Pays de Falaise ) et

JL Piel-Desruisseaux, préhistorien de plaisance

COMMENT ABORDER LA PREHISTOIRE AVEC DE JEUNES SCOLAIRES

 

Quelques échos sur la bonneterie

 

Quelques photos de la bonneterie Chesne-Baloud, mars 1913

De l'atelier de construction de la maison Cahaigne et Baloud muni des machines les plus précises, sont sortis les métiersdont se servent en majorité des fabricants de Falaise et du département.Beaucoup d'autres maisons en France ont utilisé ces appareils Cahaigne.

Rue Lebaillif, rez de chaussée et 2ème étage

Les petits bonnetiers à façon de Guibray,du Val d'Ante et de la côte St Laurent se servaient de métier rond à main.

Ils produisaient des tricots de coton rayés blanc et bleu destinés à la marine.

Grand-père de Mr Serge Chesne Arrière grand-père de Mr Serge Chesne

 

Troisième conférence 2010

La Bible contre Darwin
Un puissant mouvement fondamentaliste américain tente de s’infiltrer en Europe pour imposer, dans les établissements scolaires, l’enseignement de la création divine à la place de la sélection naturelle proposée par Darwin.
Ce mouvement sectaire est maintenant rejoint par un courant islamique.
Il est temps de réagir pour s’opposer au retour de cet obscurantisme moyenâgeux.


conférence du Docteur Yvon Bénard, pneumologue honoraire du CHU de Caen,
membre de l’Académie des Sciences, Arts et Belles- Lettres de Caen

 

 

 

Créationnisme : quand défier l’évolution des espèces revient à la mode
Avec Jacques Arnould, dominicain spécialiste de la théorie de l’évolution


Janvier 2007 : les écoles reçoivent "L’atlas de la création", une encyclopédie publiée en Turquie, qui valorise le créationnisme et démonte point par point la théorie de l’évolution de Charles Darwin. Présents aux Etats-Unis et en Australie, les créationnistes pensent que toute vie sur Terre est l’oeuvre de la main divine. Italie, Pologne Hollande, et France : le créationnisme fait son entrée en Europe depuis la fin des années 1990. Explications sur les fondements de ce courant avec Jacques Arnould.
Emission proposée par : Elodie Courtejoie Bookmark and Share
Référence : ECL270 http://www.canalacademie.com/emissions/ecl270.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida1743-Creationnisme-quand-defier-l.html, Date de mise en ligne : 24 juin 2007
Le créationnisme est la thèse selon laquelle la Terre, et par extension l’Univers, a été créée par un être suprême, Dieu. Il concerne les trois religions monothéistes : christianisme, judaïsme et islam.
Ce courant naît en 1860, en réaction contre les travaux de Charles Darwin et sa théorie de l’évolution. À cette époque, l’Eglise y voit une menace et se positionne jusqu’en 1961 (concile Vatican II) contre l’évolutionnisme de Darwin.
Il faut attendre le 23 octobre 1996 pour une reconnaissance officielle de l’évolutionisme, avec la déclaration du pape Jean-Paul II qui reconnaît que les théories de Darwin sont « plus qu’une hypothèse ».
Trois grands courants créationnistes se succèdent entre 1860 et aujourd’hui :
- (1860-1960) les créationnistes « purs et durs » : ils ont une lecture littérale de la Bible. Pour eux, la Terre est vieille de 6000 ans tout au plus et Dieu a créé l’Univers en 6 journées de 24 heures. Appelé également « créationisme terre jeune » ce courant n’a aujourd’hui plus aucun écho.
- (1960-1980) les créationnistes évolutionnistes : ce courant conçoit que l’origine de l’Univers et de la vie sur terre remonte à une longue période, mais il prend toujours en compte les récits de création dans la Genèse.
- (1990- ...) « l’intelligent design » ou dessein intelligent : Les créationniste d’aujourd’hui affirment que la théorie scientifique traditionnelle de l’évolution par voie de sélection naturelle ne suffit pas pour rendre compte de l’origine, de la complexité et de la diversité de la vie. Il s’agit d’admettre les preuves paléontologiques à propos d’une succession d’êtres vivants différents au cours des âges, mais de réfuter la prééminence de mécanismes naturels de l’évolution sans cause surnaturelle. Cette succession d’espèces serait le produit d’une « intelligence » supérieure.
Image extraite d'un livre scolaire illustrant la nouvelle théorie du dessein intelligent
Image extraite d’un livre scolaire illustrant la nouvelle théorie du dessein intelligent
Le courant créationniste est implanté aux Etats-Unis et en Australie. Il fait surface ponctuellement dans les pays européens depuis les années 2000 en Pologne, en Italie, en Hollande et en France :
En 2005, l’archevêque de Vienne Christoph von Schönborn s’est rapproché par ses propos, de l’Intelligent design.
En Pologne en 2006, le député et vice-ministre de l’éducation Miroslaw Orzechowski ainsi que l’eurodéputé Maciej Giertych ont remis en cause publiquement le darwinisme.
Quant à la Turquie, les thèses créationnistes apparaissent dans les manuels scolaires et 75 % des lycéens turcs ne croient pas à la théorie de l’évolution. Les expositions et les conférences créationnistes sont de plus en plus fréquentes.
En France, le courant a fait surface avec l’envoi en janvier 2007 de plus de 30 000 exemplaires dans les établissements scolaires, de L’atlas de la création. Écrit par Harun Yahya et publié par la maison d’édition Global d’Istanbul, il dit avoir une approche scientifique, tout en précisant que la réelle source du terrorisme est le matérialisme et le darwinisme.
Créationnisme et judaïsme
Le judaïsme présente un important éventail d’opinions sur la création, l’origine de la vie et le rôle de l’évolution dans celle-ci. La majorité des courants théologiques du judaïsme contemporain, acceptent le créationnisme évolutionnaire ou évolution théiste. La tendance actuelle, à l’exception des mouvements plus orthodoxes, est de ne pas prendre la Torah comme un texte littéral, mais plutôt une œuvre symbolique et flexible.
Créationnisme et islam
Le créationnisme musulman existe aussi en Europe. L’intellectuel et universitaire controversé Tariq Ramadan serait un partisan du créationnisme à destination des musulmans. Il écrit dans une note de bas de page de son livre Les musulmans dans la laïcité :
« Les cours de biologie peuvent contenir des enseignements qui ne sont pas en accord avec les principes de l’islam. Il en est d’ailleurs de même des cours d’histoire ou de philosophie. Il ne s’agit pas de vouloir en être dispensés. Bien plutôt, il convient d’offrir aux jeunes, en parallèle, des cours de formation qui leur permettent de connaître quelles sont les réponses de l’islam aux problématiques abordées dans ces différents cours ».

 

 

Jeudi 4 février, salle de Guibray, 20h

INTRODUCTION A L'HISTOIRE
de LA FOIRE DE GUIBRAY ( par Mme Mireille Thiesse )

 


Mme Thiesse, Vincent Patou, Claude Gaslonde, ( conférenciers)

Yannick Kereun ( co-organisateur )

GUIBRAY LA PROSPERE


Si nous commençions l'histoire de Guibray en 1589 (Gravure de Mérian, ci-dessous), ce serait une date noire pour Falaise. Cette année-là, Henri IV (après Henri III) décide d'interdire à nouveau l'organisation de la Foire de Guibray et la fait transférer à Caen(*1). En pleine guerre de religions, le roi protestant vient de gagner la bataille qui l'opposait aux troupes de la Ligue Catholique, il en veut au peuple falaisien d'avoir pris le parti des Ligueurs en défendant la ville par les armes(*2). Ce n'est cependant pas le cas pour les habitants de Guibray qui prennent parti pour le roi(*3). Il faut bien des efforts de négociation à Nicolas Le Sassier(*4), avocat de Guibray et protestant ainsi qu'à Roch Lebaillif, médecin du roi, né à Falaise, pour que la foire soit rétablie l'année suivante.


Pourquoi citer cette date de 1589 ?
Cet événement est très significatif : il faut comprendre qu'à cette époque, malgré les troubles de la Réforme, dont le XVIème siècle a beaucoup souffert, la Foire de Guibray est toujours prospère. Son rôle s'étend même à la diffusion des idées, et les prédicateurs luthériens puis calvinistes °y attirent une foule considérable. Grâce aux revenus de la Foire ainsi que du commerce local et régional, la bourgeoisie et la noblesse falaisiennes sont devenus quant à elles puissantes et conservatrices.
En quoi la richesse des Falaisiens est liée au développement et à la prospérité de la foire de Guibray?
LA PROSPERITE DE LA FOIRE
Les Ducs de Normandie et les rois de France ont joué un rôle important en favorisant la Foire, en accordant des privilèges aux bourgeois, ou en s'attribuant une part des revenus dus à la foire. Guillaume le Conquérant °a créé les bases de son futur développement en lui redonnant son emplacement d'origine. Le riche Sieur de Guibray, Odon Stigand, (sieur d'Ecajeul et de Mézidon), possède de nombreuses terres sur la paroisse de Guibray. Néanmoins, celui-ci ne perçoit pas les revenus de la foire. La donation des dîmes de l'Eglise Notre-Dame-de-Guibray à l'Abbaye aux Dames en 1066 ne fait pas mention de ces droits de foire. Ceux-ci revenaient sans doute à l'abbaye de Cormeilles, que Guillaume fils Osbern (compagnon de Guillaume le Conquérant) avait fondé. Mais il est fort probable que la situation géographique du village de Guibray, situé à un carrefour de voies anciennes, ait favorisé le commerce et la création d'une foire.(voir Mr Gaslonde).
Donc les Ducs Normands ont favorisé le commerce de Guibray?
Au XIIème siècle, sous Henri Plantagenest, arrière petit-fils de Guillaume le Conquérant, et son épouse Eléonore d'Aquitaine, l'ex-royaume anglo-normand °s'étend de l'Ecosse aux Pyrénées. La même autorité politique, militaire et monétaire s'applique à l'ensemble du territoire. Des conditions idéales pour le commerce. C'est à cette époque, alors que la Normandie est sous la tutelle des ducs-rois anglais, qu'elle semble être considérée comme la plus importante foire, peut-être après la foire du Lendit à Saint-Denis.
Cependant c'est au XIIIème que Falaise connaît son apogée.
Que s'est-il donc passé au XIIIème siècle pour Guibray?
C'est surtout la grande période de paix que connaît la France qui permet au commerce de se développer. Peu avant 1204, Jean-sans-Terre a donné à Falaise, après Rouen, le statut de commune*(6). Les bourgeois peuvent alors commercer dans tout le territoire anglo-normand sans payer de taxes, à l'exception de certaines villes, comme Londres. C'est alors que l'Echiquier de Normandie, réuni à Rouen, décrète que les villages de Guibray, Vaux et Caudet °qui sont limitrophes, font partie de Falaise et sont donc soumis à l'autorité du maire qui devient désormais falaisien. Ce maire sera aussi sénéchal de la Foire, donc responsable de l'administration, de la justice, de la sécurité.
Après lui le roi Philippe Auguste °reconnaît la commune et donne à tous les commerçants de notre ville qui, « avec la Foire de Guibray, se livrent au commerce extérieur, le droit de commercer dans tout le royaume de France, sans payer de taxes, sauf à Mantes ».
En 1208, la date de la consécration de la nouvelle église de Guibray, coïncide avec la tenue de l'Echiquier de Normandie (institution financière et juridique de l'ancien duché) à Falaise. La foire attire alors une foule considérable. *(7) C'est aussi pendant cette période que se créeront les fortunes de la nouvelle bourgeoisie. Ils investiront dans des terres qu'ils feront fructifier, et qui leur serviront de garantie pour les futurs emprunts. Certains s'adonneront eux-mêmes à la finance et à la banque.
Pourtant le Moyen-Age a ses périodes sombres, que devient Guibray pendant la guerre de Cent Ans ?°
A partir du XIVème siècle, lorsque se produisent les événements de la guerre de Cent Ans, ils sont devenus conservateurs et défenseurs de leurs privilèges et de leurs terres. Dès le début du XIVème et pendant la guerre de Cent Ans, la récession économique générale se fait sentir. En 1340, toute la flotte de guerre à laquelle plusieurs Falaisiens ont contribué financièrement, a été détruite par les Anglais . Les navires marchands qui amenaient leur cargaison anglaise et flamande à la foire de Guibray sont capturés. Cinq ans plus tard, la Peste noire décime la moitié de la population. L'insécurité généralisée, hors les remparts de Falaise, ne facilite pas le commerce. Mais les Falaisiens veillent au rétablissement de leurs droits : non-paiement de taxes dans toute la France (sauf Mantes), droit de prêter à des taux atteignant 99%, ce qui est énorme ; libertés de droit de commune qu'ils se font confirmer par le roi anglais Henri V lors de l'occupation de la ville en 1418 et par Charles VII lors de sa libération en 1450.
Le commerce de Guibray se remet-il des épreuves de la guerre?
Sous Louis XI qui rend visite à la Foire de Guibray, la priorité est au commerce avec l'Angleterre. Il faut à tout prix concurrencer les foires bourguignonnes°. La mort de Charles le Téméraire permettra à Louis XI, en habile économiste, d'étendre ses frontières vers l'Est. Rouen, qui possède les mêmes privilèges que Falaise, sera jugée apte à se développer comme foire internationale capable de concurrencer Anvers et d'approvisionner la capitale. La Foire de Guibray conservera son rayonnement, car elle sera à l'époque la plus grande foire de l'Ouest.
Donc les revenus sont toujours importants?
On peut le supposer car Charles VIII puis François Ier vont augmenter le taux d'imposition des propriétaires des loges : 1/3 reviendra au trésor royal, ce qui en prouve l'importance. En 1500, le revenu de Falaise était la moitié de celui de Caen. L'opulence de Falaise sera telle qu'elle paiera un lourd tribut pour financer les guerres d'Italie de Louis XII et de François 1er. Ce dernier constatera de visu, dans une ville en chantier, le gros effort des dépenses des Falaisiens pour réaliser les travaux de restauration, d'embellissement et d'extension de toutes leurs églises. Les riches familles nobles et bourgeoises y participent, ainsi que les confréries de marchands et artisans. François 1er en profite pour augmenter encore la part des bénéfices pour le trésor royal et aggraver les taxes qui frappent la ville, alors qu'une chapelle Renaissance est construite pour François 1er dans l'Eglise St-Gervais : elle en porte d'ailleurs sa marque, la salamandre.
Comment Guibray fait-elle face aux grands changements politiques et religieux du XVIème siècle?
Guibray s'adapte aux évolutions religieuses et aux luttes politiques, pour préserver ses intérêts. Les marchands de Rouen amèneront le protestantisme à Guibray, des colporteurs luthériens y seront arrêtés, mais les prêcheurs calvinistes bénéficieront d'un appui local, avec la conversion de notables locaux et le soutien de moines de l'abbaye Saint-Jean. Ils attirent une foule nombreuse (6000 hommes en 1561), de même que des pièces de théâtre à thème religieux écrites par un curé de Guibray (Thomas Lecoq) . Lors de la lutte politique ouverte après 1562, Falaise et Guibray subissent tour à tour les pillages des uns, les violences des autres. Jusqu'à l'arrivée de Henri IV qui finalement rétablit la paix intérieure en se convertissant au catholicisme.
Donc après Henri IV le commerce reprend de plus belle?
Hélas non, plusieurs épidémies de peste renforcent à Falaise les contrôles sanitaires et diminuent la fréquentation de la Foire au début du XVIIème. Puis la surimposition et la levée d'emprunts forcés n'amènent que révoltes en Normandie. A Guibray, un commis percepteur est molesté par les tanneurs tandis qu'un collecteur d'emprunt est frappé par un élu. Les révoltes dont celle de la gabelle, sont suivies de répression, puis arrive la Fronde. Falaise, pendant cette période reste relativement calme. Au début du règne de Louis XIV, le commerce est atone et essoufflé, comme dans toute la province.
A l'heure des colonies, qu'en est-il du commerce extérieur : les habitants de Guibray vont-ils lever l'ancre?
Au XVIIIème, alors que Caen et sa région sont plus vouées au commerce régional, le grand commerce transite par les grands ports comme Le Havre et Rouen, qui s'adonnent aux échanges triangulaires avec l'Afrique et les Isles, et récoltent les importants revenus de la Traite. L'arrivée du coton va bouleverser l'industrie falaisienne et lui ouvrir de nouveaux débouchés. Le Traité du Commerce signé avec l'Angleterre en 1786 ouvre la voie de la concurrence et du libre échange, mais sera très impopulaire. La foire de Guibray (associée à Caen) se place comme deuxième foire nationale après Beaucaire. Le volume des échanges atteint à la veille de la Revolution encore dix millions de livres. Cependant ses revenus ne permettent plus les placements de jadis et ne sont pas réinvestis dans l'économie moderne.*(8) Le déclin s'amorce à partir de 1790 car, disons-le, les foires ont perdu leur rôle économique de jadis.
Comment expliquer alors leur réputation et leur fréquentation?
Parce que Guibray connaît au XVIIIème et au XIXème siècles ses plus grands moments de divertissements qui en font la réputation à cette époque : de grandes troupes viennent s'y produire et les têtes d'affiches comme Mlle Dejazet ou Mlle Georges de la Comédie Française, emplissent les salles. L'affluence de visiteurs ne se démentira pas, malgré la baisse des transactions, et la défection des marchands extérieurs (en 1849 : une centaine de loges n'auront pu être louées)*(10)
LA RICHESSE DES FALAISIENS
Qui étaient donc ces marchands?Que vendaient-ils?
Les Bourgeois de Falaise
Les drapiers falaisiens y vendent leur production de laine et de serge ; les marchands de toiles, leurs aunes de lin et de chanvre.
Au XIIIème, de riches familles falaisiennes comme les Bertin voient le jour : ce sont de riches drapiers, ils vont devenir des fermiers généraux et des banquiers. La bonneterie artisanale à base du lin et de laine commence à faire son apparition à cette époque avant que la bonneterie de coton ne les supplante (grâce au monopole accordé par Louis XIV aux Falaisiens avant sa mort).
La boucherie est dans cette région d'élevage une activité très lucrative, et ceux-ci, comme les tanneurs renommés pour la qualité de leurs produits y font d'importantes transactions. Ils tiennent à Falaise le haut du pavé, même si ces métiers n'ont pas toujours bonne réputation. Ils ont leurs loges dans la rue de la Boucherie et la Fosse aux Cuirs.
Les merciers, les orfèvres et les espiciers, les hôteliers et cabaretiers constituent au XVIIème un groupe aisé, mais ce sont les bourgeois rentiers, riches propriétaires terriens et titulaires d'offices qui forment alors le groupe dominant.
Donc les Bourgeois de Guibray deviennent des notables?
Bourgeois et nobles
Oui. Beaucoup seront même anoblis par François 1er. Mais dès le XIIIème siècle, les Propensée, De Vital, les De Pont-D'Ouilly, anciens commerçants, acquièrent des propriétés, occupent des fonctions municipales, deviennent maires de Falaise, où ils possèdent des terres ; Citons l'exemple des de La Fresnaye : ceux-ci sont les descendants de la famille d'Isaac André, riche commerçant de Guibray. Au XVIème siècle, il rachète à Guillaume Marguerit des terres de Guibray et y construit le premier château°*(8) à l'est du grand bâtiment actuel. Les de Marguerit construiront quant à eux l'actuel château de Versainville.
Cependant cette possession de rentes va amener chez la bourgeoisie et la noblesse un esprit conservateur, qui sera, comme dit plus haut, à l'origine de la décadence de la foire. Ces riches falaisiens seront par ailleurs de grands donateurs et favoriseront la création de prieurés.
Il y a donc eu des abbayes à Falaise grâce à la foire de Guibray?
Les monastères
Des Bourgeois de Guibray font don au clergé, principalement à la Léproserie Saint-Lazare de loges qu'ils possédent à Guibray et qui procurent des revenus de location substantiels. Grâce à leur générosité, de riches monastères s'installent à Falaise et contribuent à l'importance de la ville : l'abbaye Saint-Jean °fondé par Gonfroi fils de Rou au 12ème siècle, l'Hôtel-Dieu créé par les Frères Bertin en 1201. Le couvent des Cordeliers s'installe en 1223 °sur des terres appartenant à Pierre et Raoul De Pont-d'Ouilly. La famille Herpin au XVIème siècle finance les travaux du choeur de l'Eglise Sainte-Trinité, °édifiée à l'origine sur les terres du sieur de Guibray, de même que St Gervais.
On a cité plusieurs fois le nom de loges. Peut-on préciser de quelles loges il s'agit ?

Gravure de Nicolas Cochin, dessinée par Chauvel de Cantepieen 1658

dédiée au gouverneur d'Harcourt


Je laisserai M.Gaslonde aborder ce sujet plus en détail.
L'ORGANISATION DE LA FOIRE
A l'origine les loges destinées aux marchands étaient volantes, faites de piquets de bois, de toiles et de chaume.*(12)Puis elles seront édifiées en dur. La plupart des loges appartenaient à l'origine à des Falaisiens qui les avaient édifiées, les entretenaient et les louaient aux commerçants de l'extérieur. Ils en tiraient d'importants revenus et faisaient vivre ainsi, tout un peuple d'artisans, occupés à l'entretien de ces locaux.°*(12)
Certains artisans possédaient aussi à Guibray pignon sur rue.
On pouvait aussi voir de belles demeures appartenant à des bourgeois (comme celle de Nicolas Le Sassier avec ses fenêtres Renaissance face à la place qui porte son nom)°*(13)
Mais où logeaient tous les marchands et les visiteurs de la foire?
La prospérité des auberges
Pendant la Foire, l'affluence des visiteurs multipliait par 4 ou 5, pendant près de deux mois, la population de la ville. Ceci avait provoqué la construction et la prospérité de nombreuses auberges nommées aussi Cour ou Hôtel, situées à Guibray et même à Falaise. En 1840 la plupart d'entre elles seront vendues. Certaines, comme le Cheval Noir°, sont transformées en logements.*(14)
La gravure de François Chauvel de Cantepie de 1658,*(15) que Mr Gaslonde va nous présenter est grouillante de vie et de truculence, elle donne une image très vivante de ce qu'était cette Foire, au tout début du règne de Louis XIV. On y voit le tracé des rues dont les noms évoquent l'origine des marchands qui y louaient ou y possédaient des loges et la localisation des auberges. *(16)
Comment était gérée l'activité de cette foire ?
Le Pavillon du Guet
Le pavillon ou guet, était situé au chevet de l'Eglise Notre-Dame de Guibray à l'emplacement actuel de l'if magnifique.° Ce pavillon était le siège administratif de la Foire et de la police, bien nécessaire, parmi ces voyageurs plus ou moins bien contrôlés, ainsi que le Centre de services contre l'incendie. Même les compagnies de théâtre, qui disposaient d'une simple estrade de plein air, d'une salle d'auberge aménagée ou d'une vraie salle de théâtre, les jongleurs, magiciens, joueurs de gibecière, équilibristes, ménageries, oiseleurs...°devaient se déclarer auprès du Pavillon pour être autorisés à se produire.*
Pourquoi un centre contre l'incendie?
Là, je laisserai M. Gaslonde répondre, mais je peux dire que
la valeur économique de la Foire justifie également les mesures de sécurité prises par le maire de Falaise pendant la période de la Foire. Par crainte des incendies mais aussi des cambriolages, il devient obligatoire de se munir d'une lanterne homologuée pour se déplacer « à la soirante ». D'ailleurs je suis étonnée de ne pas avoir vu le guet de Guibray à cette heure si tardive.
« Le gars de Falaise par La Compagnie de la Lanterne »
Gérard, Jean-Pierre et AlainNOTES (annexe)
*1Il n'est pas certain non plus qu'un pèlerinage existait à l'époque autour du culte de Sainte-Marie qui s'est développé à partir du XIIème siècle.
*1 Rappelons ici que suite à l'opposition de l'Abbesse de l'Abbaye aux Dames, le projet d'établir une foire internationale à Caen par le roi Louis XI n'avait pas abouti, Rouen en avait été la bénéficiaire.
*2 Lors de ces combats deux femmes s'étaient illustrées
• Charlotte Herpin, morte les armes à la main à côté de son fiancé.
• La Belle Eperonnière, dont le courage avait séduit Henri 4, qui épargna, par admiration pour elle, les habitants du quartier du Camp Ferme.
*3 Le vicomte-maire de Falaise, à l'époque Jean de Morel, Catholique, avait cependant reçu le roi protestant dans son manoir de la Cour Bonnet.
* 4 Nicolas Le Sassier, avocat, sieur de La Roche, Bourgeois de Guibray, résidant près de l'auberge du Paradis terrestre, (maison avec fenêtres Renaissance sans doute, face à la place Le Sassier). Il fut élu député aux Etats de Normandie puis aux Etats Généraux de 1590. Partisan de Henri IV, il vit sa maison de Guibray et toutes ses propriétés incendiées par les Ligueurs, après la pendaison de plusieurs de leurs chefs par Henri IV. Ses 3 fils combattirent dans les rangs du roi. Il se présenta devant le roi en juillet 1590, au camp de St Denis pour soumettre sa requête. Il reçut lui-même en don pour ses loyaux services des propriétés confisquées à la Ligue, et ses propriétés furent exemptées du séjour des hommes de guerre et du pillage. Une place de Guibray porte son nom. Il a été inhumé dans l'Eglise Notre-Dame de Guibray.
*6 les conseillers municipaux, pairs et échevins élisent le maire
*7 C'est à cette époque que les loges en toile sont remplacées par des loges en bois.
*(8)Les produits locaux comme les serges de Falaise, jadis prisées pour leur qualité sont délaissés. Malgré les grandes années de la bonnetterie de Falaise et du marché aux chevaux
*(9)Il y a aussi les D'Héraines, de Villy, Cornet, Talbot.
Les familles qui s'enrichissent grâce au négoce et au commerce local et régional se lancent dans les affaires, elles investissent dans l'acquisition de terres, de moulins et de propriétés dans Falaise ou en campagne. Elles achètent des rentes sous forme de placements : c'est à dire qu'ils prêtent une somme d'argent pour une durée déterminée, moyennant un loyer annuel. Ils sont prêteurs au même titre qu'un banquier. Bientôt à la bourgeoisie des marchands se substitue une bourgeoisie foncière, source de l'enrichissement de la ville. Ils perçoivent des rentes de maisons, jardins, terres qu'ils louent. Plusieurs quitteront aussi le commerce pour exercer des offices de magistrat, ou autre fonction municipale (sergent, conseiller, receveur, procureur) ou officiers royaux, dont l'image est plus valorisante. C'est entre 1450 et 1550 que ces riches propriétaires fonciers seront anoblis, grâce à leur statut d'officier ou parce qu'ils avaient acquis des terres appartenant à des nobles.
*(10)Le XIXème : Falaise passe à côté du train en marche, Guizot, ministre de Louis-Philippe, oeuvra alors pour le passage du chemin de fer Caen-Argentan, par Mézidon, dans sa circonscription. Avec la crise économique subie par la ville, la baisse démographique de Falaise est inéluctable. Sa population de 14000 habitants au début du siècle aura diminué de moitié à l'aube du XXème. Sa région subit aussi une migration importante de sa population rurale. La Foire de Guibray disparaîtra au début du XXème siècle (sauf le marché aux chevaux)
*(11)Galeron remarquera qu'au XIXème siècle, les réunions de corporations n'existaient plus dans les rues des Epiciers ou des Merciers de Paris.
*(12) Réalisées ensuite en solins de pierre, bois et torchis, les loges seront, enfin édifiées en dur. Elles étaient concentrées selon un plan de ruelles parallèles recoupées par d'autres, formant au centre de véritables quartiers de corporations, dont certains portent le nom de « fosses ». (Voir M.Gaslonde) Ce quartier représentait un espace carré, appelé périmètre de la foire, où étaient admises, à l'exclusion de tout autre lieu, les transactions officielles. La foire nécessita la construction d'un véritable quartier permanent, composé de locaux spécialisés avec boutiques au rez-de-chaussée, munies d'un étal de chaque côté de la porte d'entrée, comportant des réserves et le logement des commerçants à l'étage. Il en subsiste une, route de Trun, et deux, rues de Rugles.
Les rues évoquent l'origine des marchands : Tours, Rouen, Alençon, Bernay, Rugles ou leur activité : Epicerie, Vieille-Draperie, Fosse aux Draps, Fosse aux Toiles, Dinanderie, Boucherie, Boulangers...
*13 Les auberges : La plus belle et la mieux conservée,avec son porche et sa cour ouvrant sur les anciennes écuries, est la Romaine, actuellement place Reine- Mathilde. Celle de la cour Meuleman, plus populaire, située au 48 rue Aristide Briant, est très typique avec sa balustrade extérieure pour distribuer les chambres ; celle de la Croix-d'Or et des Griffons, avec le bas-relief de Saint-Georges terrassant le dragon, ont été très modifiées. Le Cheval Noir, dans la rue du même nom, a été réhabilitée en logements autour d'une cour avec balustrade. On connaît le nom de 84 d'entre elles, attesté au XVIIIème siècle (voir Mr Gaslonde)..
*14 Les belles demeures des marchands de Guibray se concentraient dans l' actuelle rue Lebailli ou rue Ancienne Notre-Dame, par ex. la maison des Le Sassier aux fenêtres Renaissance..). Rue des Ursulines, on comptait 100 maisons particulières au XIXème siècle, alors que plus au Sud, dans le quartier des Douits, en proximité de la rivière, les maisons vétustes et retirées contrastaient avec ce luxe.
*15 Gravure de Chauvel gravée par Nicolas Cochin et dédiée au marquis de Thury et de La Motte Harcourt, (comte de Croisy, gouverneur du château et de la ville de Falaise,)
*16 Le tabellionnage (1704) : Un document de 1704 issu de l'Inventaire du Tabellionage, dénombre plus de 900 commerçants. Près de 3 Millions de marchandises ont été vendues. On note que les chevaux venant de Bretagne, d'Allemagne, de Rouen, de la région de Falaise...représentaient 16% des transactions, et qu'ils vendaient, ainsi que les marchands de bestiaux tout leur cheptel ; les marchands de cuirs, toiles et draps ainsi que les espiciers y faisaient aussi d'importantes affaires. La ferme des halles de la Boucherie est affermée pour 3 ans à 83 livres tournois alors que la totalité de la totalité de la ferme du tabellionnage de Falaise vaut 220 livres en 1540.
*(17)Le Plan de la Foire de Guibray depuis le XIème siècle
Amédée Mériel annotera de façon très intéressante un document daté de 1887, en situant l'emplacement des métiers et des auberges selon les époques, à partir du XIème siècle. C'est une source très précieuse d'informations qui compléte la gravure de François Chauvel.
Celui-ci cite également un dessin à la plume de 1745, exécuté pour établir la propriété des Marguerit de Versainville sur certaines loges de la Foire lors d'un procès, accompagné de fiches de paiement de droits et des factures des réparations effectuées aux bâtiments, rend très bien compte de la valeur économique de la Foire.